« La culture est indissociable de l’attractivité, de la créativité et de la durabilité des villes et s’inscrit au cœur du développement urbain, comme en témoignent, au fil de l’histoire, les édifices d’intérêt culturel, le patrimoine et les traditions. Sans culture, les villes ne sauraient être des espaces dynamiques de vie et se réduiraient à de simples constructions de béton et d’acier, dans un environnement social en voie de dégradation. C’est bien la culture qui fait la différence. Mais comment, dès lors, pourrait-elle être mieux prise en compte pour que les politiques de planification urbaine durable soient plus efficaces ? »

UNESCO, Organisations des Nations Unies pour l’éducation et la culture/Objectifs (2016). Culture : futur urbain.
Rapport mondial sur la culture pour le développement durable.

 

Investir la ville : précepte à une philanthropie urbaine

 

La ville, sa forme, la disposition du bâti, ses qualités d’occupation et les modalités d’organisation sont des représentations esthétiques rattachées à des fondements philosophiques, moraux qui varient dans l’espace et le temps. Ces savoirs collectifs profonds sont porteurs de sens mobilisant des forces politiques et économiques essentielles à l’édification : les premières font vouloir une position par l’appropriation, alors que les secondes la font valoir suivant des attributions financières. Ainsi, l’établissement humain médiatise notre rapport au « réel », ou notre relation sacré ou profane entre les perceptions de ce que nous sommes et leurs manifestations concrètes en milieu bâti.

Investir la ville et l’aménager implique donc de saisir les filiations entre la structure d’organisation spatiale, les unités d’occupation, la forme architecturale du bâti et les valeurs profondes qu’elle incarne. Il nous faut penser la ville comme une représentation symbolique et esthétique d’un contenu culturel ou identitaire. Il nous faut aller au-delà des besoins et des usages (Andy C. Pratt, In Unesco 2016) strictement fonctionnels et être à la recherche de solutions aménagistes qui sont durables  sous l’angle de la pratique et de l’éthique.

Ce qui nous conduit à une approche d’aménagement qui se définit par la philanthropie urbaine.

 

Le développement de l’approche en philanthropie urbaine

 

La philanthropie urbaine part du postulat selon lequel l’établissement humain, soit la ville, ou la campagne ou la caverne est un objet de valeur symbolique qui traduit des contenus anthropologiques profonds assez puissants pour générer des processus d’appropriation, d’édification et de différenciation des identités culturelles, par conséquent. Ces processus s’enclenchent quand :

  • la valeur symbolique de « non usage » ou abstraite se transforme en  valeurs d’usages, c’est-à-dire quand cette valeur de « non usage » est redéfinie à partir des avantages économiques attendus de l’appropriation ou de l’utilisation du milieu bâti;
  • la valeur symbolique et les valeurs d’usages se transforment en valeurs marchandes lorsque le prix sur le marché de l’offre et de la demande pour ce bâti est établi.

L’espace humanisé n’est pas neutre, il constitue le creuset même des identités culturelles. Son essence sacré ou profane balise l’existence et les comportements collectifs. Il stimule les politiques d’intervention et d’encadrement urbain, il propulse dans l’espace et le temps les approches de conception de sites, il guide les pratiques favorables à la différenciation ou à l’indifférenciation  des contenus culturels et sociaux.

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La philanthropie urbaine est centrée sur l’humanisme territorial (l’humain au cœur de l’Habitat), soit sur des pratiques aménagistes créatrices de valeurs de solidarité et d’engagement pour assurer un milieu de vie optimal, inclusif et générateur de stabilité et de paix sociale. La philanthropie urbaine favorise les conditions d’épanouissement individuel et collectif.  Notre approche en philanthropie urbaine reconnaît l’expression morphologique des identités culturelles et sociales comme étant la condition de possibilité d’actualisation de la différence. La philanthropie urbaine réaffirme l’importance d’une planification territoriale dont les valeurs de cohésion, de solidarité, d’insertion sociale, d’éducation et de santé passent par l’organisation spatiale et l’édification.

La philanthropie urbaine fixe dans l’espace et le temps les valeurs fondatrices de notre société et elle assure ce faisant la cohérence entre ces valeurs et les lieux où ces mêmes valeurs s’incarnent et se pérennisent. Ainsi, la philanthropie urbaine cherche à « Construire la différence qui nous unit » en actualisant concrètement le Verbe, l’idée, la règle et le droit en milieu bâti. La philanthropie urbaine ouvre la voie à ce que nous espérons devenir. La philanthropie urbaine intègre toutes les facettes du développement durable pour promouvoir l’épanouissement des identités culturelles et la paix sociale.

La pratique philanthropique urbaine, inverse l’ordre d’importance des solutions de durabilité en aménagement du territoire en subordonnant les aspects techniques ou éco technologiques du développement durable à l’éthique pour accéder à une néo-durabilité. L’enjeu consiste à promouvoir une urbanité durable philanthropique affranchie des logiques techniciennes du développement, sans pour autant faire abstraction des considérations environnementales et urbanistiques.

La philanthropie urbaine est un domaine qui rallie connaissance et pratique dans un univers partagé où les potentialités d’avenir sont multiples. Elle se veut être une contribution à l’avancement de la pensée et de la culture philanthropique sous l’angle de l’édification urbaine et des pratiques aménagistes.

 

Les Dialecteurs – Janvier 2017 / Mise à jour août 2018